France Soir consacre une page à « Angolagate, chronique d’un scandale d’Etat »
Posté par yb le 21 septembre 2009
Voici l’article publié aujourd’hui par France-Soir et consacré à l’Angolagate et au document que publie Paul-Loup Sulitzer ces jours-ci et intitulé « Angolagate, chronique d’un scandale d’Etat ».
Angolagate – “La seule erreur que j’ai commise est d’origine fiscale”, P.L Sulitzer
Propos recueillis par Christophe-Emmanuel Lucy, le lundi 21 septembre 2009
L’écrivain Paul-Loup Sulitzer, soupçonné d’avoir été rémunéré pour faciliter la conclusion de contrats de vente d’armes à l’Angola, est mis en examen en décembre 2000 pour « recel d’abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, trafic d’influence » mais laissé en liberté.
Il avoue avoir touché 1,2 million de francs mais nie être mêlé à un trafic d’armes. Dans un ouvrage intitulé Angolagate, chronique d’un scandale d’Etat à paraître aux éditions du Rocher, il livre sa version des faits et accepte de répondre à nos questions en exclusivité.
FRANCE-SOIR. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a écrit dans une lettre datée de juillet 2008, que le dossier de l’Angolagate était vide. Pourtant, ces achats n’ont-ils pas été qualifiés de trafic d’armes par le ministère public ?
PAUL-LOUP SULITZER. Cela peut paraître kafkaïen, mais il y a eu un procès autour de l’Angolagate, une véritable affaire d’Etat qualifiée par la justice et les médias de trafic d’armes. Et le plus grave constitue à mes yeux le retrait de mon passeport pendant huit ans. J’ai subi en France, soi-disant pays des droits de l’homme, le même régime que les dissidents soviétiques à l’ère d’Andropov. J’exerce les fonctions de romancier et de conseiller international de plusieurs pays, et me voilà assigné à résidence comme un vulgaire malfrat, qualifié d’ennemi public numéro un. Si je ne m’abuse, cette démarche revêt la qualification de condamnation à une mort civile.
Pourquoi ce procès fleuve et flamboyant ?
Le procès a duré dix ans, il m’a pris dix ans de ma vie, coûté des millions d’euros et fait perdre mon divorce. Pourquoi ? Parce que l’ensemble de la presse de l’époque associait les noms de Sulitzer, Attali, Pasqua, Falcone et Gaydamak à celui de trafiquant d’armes. Mon rôle a été mineur dans le dossier de l’Angolagate, l’enquête du juge Courroye l’a prouvé.
Je suis mis en examen pour trafic d’influence et non pour trafic d’armes. Me pensez-vous suffisamment stupide pour accepter seulement une commission de 1,2 million de francs sur un marché de 790 millions de dollars ? En tant intermédiaire d’un trafic d’armes, le montant de mes émoluments se serait fixé aux alentours de 10 % du contrat total, soit 79 millions de dollars.
Dans le cas présent, je suis intervenu en tant qu’attaché de presse d’une grande compagnie. Imaginez le rôle d’un responsable des relations publiques d’un constructeur aéronautique que l’on inculperait au motif que le PDG de la compagnie commercialise des avions militaires qui sont à l’origine de bombardements et de dommages sur la population civile.
L’attaché de presse se retrancherait derrière ses fonctions de communicant. Sur le dossier, mon rôle était le même. Ma seule erreur se révèle d’ordre fiscal, j’ai eu tort. J’avoue, sous le coup de la pression médiatique, ne pas m’être risqué à déclarer le montant de la commission perçue, de l’ordre de 1,2 millions de francs. Je ne désirais pas frauder le fisc, je payais déjà à l’époque des millions de francs d’impôts.
Que ce procès cache-t-il ?
Je reste persuadé que le fond de l’affaire demeure politique. Charles Pasqua à un moment a été visé, un peu comme l’affaire Clearstream avant l’heure. Cette affaire a été montée de toutes pièces contre l’ancien ministre de l’Intérieur en vue de l’évincer politiquement et d’entraîner dans la foulée 42 prévenus, dont Bernard Guillet, Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Jean-Charles Marchiani ou l’ex-député UMP Georges Fenech… tous soupçonnés d’avoir bénéficié de juteuses rétrocommissions.
Peut-on parler de manipulation ? Dans l’affirmative, par qui a-t-elle été orchestrée ?
Je ne peux répondre à cette question dans l’attente du jugement du tribunal correctionnel en date du 27 octobre prochain. Il subsiste des zones d’ombre sur le dossier. Pierre Falcone, homme d’affaires ayant pignon sur rue, allait et venait librement Place Beauvau, intervenait pour le compte de la société mixte Sofremi (NDLR : société française d’exportation du ministère de l’Intérieur) qui commercialise du matériel sensible.
Comment veut-on me faire croire que le ministère de l’Intérieur qui abritait la Sofremi n’était pas au courant des activités de Pierre Falcone ? Les services secrets se révéleraient-ils incompétents ? Deux hypothèses pas ou peu réalistes. Je vous laisse le soin de tirer les conclusions sur l’identité du ou des commanditaires.
Quel bilan dressez-vous du procès de l’Angolagate, qui a réuni pendant cinq mois pas moins de 42 prévenus ?
J’ai perdu dix ans de ma vie et pas moins de 10 millions d’euros entre les frais d’avocats, le manque à gagner et le montant de l’amende fiscale. Les effets induits sur ma vie privée et professionnelle sont non quantifiables. La plupart de mes clients me battent froid, je peux les comprendre, il n’est pas convenable de voir le nom de sa société associé à celui d’un présumé trafiquant d’armes.
Je reste aujourd’hui inculpé de recel d’abus de biens sociaux. Ce qui me rend fou furieux, c’est de voir que le 11 juillet dernier, dans une lettre adressée à l’avocat de Pierre Falcone, le ministre de la Défense Hervé Morin affirmait que le trafic d’armes n’était pas constitué, puisque celles-ci n’ont pas transité par le territoire français.
Ce n’était pas l’avis de son homologue Alain Richard (du gouvernement Jospin), à l’origine de la plainte en 2001, plainte jugée tout à fait valable puisque la signature des contrats d’armement « aurait eu lieu en France ». La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a d’ailleurs validé la quasi-totalité de l’enquête menée par les juges Courroye et Prévost-Desprez.
Le dossier de l’Angolagate n’est-il pas en train de s’enliser ?
Le courrier du ministre de la Défense lève le voile sur l’Angologate. La condition sine qua non de la qualification de trafic d’armes repose sur l’importation frauduleuse de matériel militaire sur le territoire français en vue de sa commercialisation ultérieure pour une puissance étrangère sans autorisation gouvernementale.
Dans le cas présent, la vente d’armes en provenance de la CEI (Communauté des Etats indépendants, composée de 12 des 15 anciennes républiques de l’URSS) à destination de l’Angola, plongé à l’époque dans la guerre civile, ne regarde en rien la justice française. Mais il ne m’appartient pas d’en juger.
Disposez-vous toujours de liquidités dans votre cave ?
Plus aujourd’hui, le nombre de perquisitions menées à mon domicile ne me permet plus ce luxe.
Edition France Soir du lundi 21 septembre 2009 page 13


La prudence est de mise mais lorsque P L Sulitzer soupçonne une origine politique au déclenchement de l’ »Angolagate » et qu’il fait le parallèle avec « Clearstream » il ne doit pas être loin de la « vérité ».